Changer d’habitudes
Transformer ses automatismes par la conscience et l’usage du mantra
Nos habitudes de pensées — elles ne seraient pas des habitudes sans cela — relèvent évidemment de notre automatisme, de nos mécanismes réflexes, de nos déclenchements fonctionnels, en un mot de notre inconscient. Elles ne sont pas ce que nous pouvons, ce que nous avons souhaité qu’elles soient, ne fût‑ce que pour notre agrément. Elles nous déterminent pratiquement sans contrôle. Elles nous vassalisent. Elles sont nos mauvaises fées. Le plus souvent elles nous détruisent.
À nous de les remplacer — les remplacer est le meilleur moyen de les chasser et de les empêcher de revenir — par des habitudes choisies et constructives, que nous garderons sous notre contrôle, qui ne nous asservirons, ni ne nous vampiriserons plus mais au contraire seront nos servantes.
Comment ? Par quels moyens ?
Nous l’avons vu : modification des habitudes de penser — ou création de nouveaux réflexes voulus, délibérés, contrôlés et contrôlables — par l’action, sur l’inconscient, de formules, mantras ou maximes utilement choisis…
C'est à prendre ou à laisser. Ce moyen est le seul. Tous les autres n’en sont que des dérivés. Et tant pis pour ceux qui, voulant progresser, répugneront à cette discipline sous prétexte qu’elle s’entache d’infantilisme et qu’elle s’avère, en conséquence, beaucoup trop au‑dessous de leur adulte grandeur…
Nous allons donc dégager et préciser, par points successifs, ce qui sera à la fois notre système, méthode et règle.
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Il est inutile de dire que l’observation de soi est indispensable, et qu’elle doit être constante. Il faut se regarder vivre, s’objectiver, assister à soi.
Rappelons quelques procédés : Symbole AE, montée des bulles, « accrochage » au témoin, journée à l’envers, point de vue de l’entomologiste etc., etc., (inutile de dire, également, que les résultats obtenus par ces différents procédés sont d’autant meilleurs que l’on se trouve en plus complet état de détente ou de relaxation).
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De cette observation de soi, doit évidemment résulter la mise en lumière des principaux défauts ou des principales faiblesses que l’on a… Convient‑il de s’attaquer d’abord au plus importants ou aux plus importantes ? Logiquement, oui. Mais ce n’est pas obligatoire. On peut choisir.
Mais il faut choisir — choisir un seul défaut ou une seule faiblesse (on gâcherait tout en voulant lutter contre deux à la fois) — et s’en tenir à son choix aussi longtemps que le résultat souhaité ne sera pas obtenu.
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La résolution d’en finir avec tel ou tel défaut doit être lucide, ferme, forte, solide, stable, imprescriptible et, surtout, paisible, calme, sereine, patiente… La patience est indispensable, fondamentale. Sans elle, rien n’est possible. Il se peut que l’on parvienne à liquider une faiblesse en huit ou quinze jours. Mais il faut l’attaquer comme si l’opération devait durer six mois ou un an.
(S’il faut trois mois pour liquider la première faiblesse, il n’en faudra que deux pour liquider la suivante et ainsi de suite.)
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Nous disons : liquider une faiblesse, éliminer un défaut, etc., et mieux vaut dire remplacer plutôt que liquider ou éliminer. Il n’y a pas lieu, en effet, de se préoccuper de la liquidation. Elle s’effectue elle‑même du fait du remplacement.
Et ce serait une grave erreur que de se fabriquer des formules ou maximes de ce genre : “Je ne suis pas en mauvaise santé.” ou “Je ne suis pas poltron.”.
La première qualité d’un mantra est d’être positif. Donc : “Je suis en bonne santé.”, ou “Je suis courageux.”.
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Rien n’empêche que l’on utilise des phrases trouvées dans des livres ou des manuels. Mais rien n’empêche que l’on ne fabrique soi‑même les formules dont on a besoin. Ce qu’il faut, c’est que la maxime soit simple, brève, nette et claire, impérieuse, La qualité littéraire ne saurait rien lui ajouter, ni l’ingéniosité ou l’esprit de la forme.
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La formule, une fois arrêtée, délibérée et mise au point, devient en quelque sorte sacro‑sainte. Elle ne doit en aucun cas être modifiée, même sous prétexte d’amélioration…
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Donc la formule contenant le contraire exact du défaut qu’il s’agit d’éliminer, c’est‑à‑dire l’affirmation de la qualité antagoniste étant bien arrêtée, il n’est plus que de passer à l’exécution.
Ce qui se fera au moins chaque matin et chaque soir, à l’occasion d’une bonne relaxation (dix minutes au minimum) à raison de dix ou quinze répétitions de mantras…
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Mais ici, attention :
Pas question de répéter la formule pour s’en débarrasser, comme un phonographe. Il faut procéder lentement, en pesant, en réalisant en profondeur le sens et la portée de chaque mot afin d’absorber, d’assimiler le tout jusqu’aux moelles… Donc: lenteur, calme, concentration…
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On peut reprendre l’exercice dans le courant de la journée, bien entendu, mais à la condition d’en avoir le temps et de ne pas le « sabouler »… Si l’on doit le faire à la sauvette, mieux vaut s’abstenir. On reculerait plutôt que l’on avancerait. Gâchis ne profite jamais.
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Rien ne s’oppose, au contraire, à ce que l’on articule mantras ou maximes à haute voix si l’on en a le loisir. Les vibrations sonores, nous l’avons vu, sont un facteur considérable de fixation dans l‘inconscient.
Et l’on ajoute encore à l’efficacité en psalmodiant, en usant d’un ton lent et grave, un peu somnolent, qui éveille des vibrations intérieures au niveau du diaphragme et au‑dessous…
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Important… (Il est vrai que tout est Important en cette matière, et que toutes les règles doivent être observées méticuleusement). N’utilisez jamais le “tu” et toujours le “je”. Ne bâtissez pas ainsi vos formules : “Tu es ceci ou cela…” Mais : “Je suis ceci ou cela…”
(Ceci correspond à une très grande loi de l’occulte. C’est par le “Je” et non par le “tu” que l’homme est en rapport avec les puissances suprêmes. Par le “Je”, il s’en rapproche, alors que par le “tu” il s’en éloigne. Les Anglais ont bâti tout un yoga sur l’équivalent de “Je suis”, c’est‑à‑dire sur “I am.”)
N’utilisez jamais rien, également, du genre “tu seras”. Ni le conditionnel ni même le futur ne sont bons en cette matière pour être pleinement valables et pour développer toute son action sur le subconscient, l’affirmation exige le présent.
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Il est bien certain que le succès ne viendra pas en quelques jours, qu’il y aura de nombreuses rechutes et que les occasions seront fréquentes où l’on se prendra en flagrant délit de « retour au vomissement »…
Surtout, ne pas s’affoler ou s’émouvoir.
Ce serait un recul. La patience à son propre égard est l’un des éléments primordiaux de la cure. Il faut se traiter soi‑même avec une infinie gentillesse, comme le font les bons éducateurs avec les enfants difficiles. Il faut sourire de ses bévues et ne se morigéner que doucement… Se désespérer serait également désastreux. Quoiqu’il arrive, il est nécessaire de demeurer confiant, optimiste et, naturellement, joyeux…
Si l’on peut en cette matière courir deux lièvres à la fois, le deuxième ne peut être que la joie…
mais c’est un beau lièvre.
Y a‑t‑il lieu, lorsque l’on se surprend ainsi en flagrant délit de chute, de réciter immédiatement le mantra ? Oui, si l’on a l’occasion de le faire dans le calme, non, si l’on est encore dans la fièvre, la nervosité et le « baratin ». Ce serait plus mauvais que bon…
Il suffit, en ce cas, de se souvenir et de maintenir l’idée du mantra présente en son esprit. Elle sera alors plus efficace que ne le serait la formule…
En voici assez, je pense, pour aujourd’hui. Donnons‑nous le temps d’assimiler. Ne pensons surtout pas qu’en notre cas particulier ce soit inutile, dépassé, déjà fait et acquis. On a toujours tort de créer pour soi‑même des cas particuliers. C’est la norme humaine qui nous gouverne et nous devons lui obéir si nous voulons qu’elle nous aide…
Georges Saint‑Bonnet
Méthode Unitiste série 1956 – Chapitre 13
Repère : Le symbole Æ — une clé pratique pour redevenir conscient de nos automatismes
Repère : Expérimentation du témoin — entrer dans la paix du témoin et se dégager du « vécu »
Thème : Exercices