Expérimentation du témoin
Cheminer vers la paix en soi par la lumière du témoin
Nous commencerons par une expérience qui bien conduite, peut nous mener fort loin :
Expérience
Installez‑vous confortablement en un endroit paisible. Fermez les yeux. Oubliez votre corps et revivez quelques évènements de votre vie.
- Par exemple :
- Une colère.
- Un acte de charité,
- Un instant d’amour,
- Une vexation,
- Une frayeur,
- Une souffrance physique,
- Un désespoir d’amour.
- Un emportement suivi de violence,
- Une “cuite” etc. etc.
Vous vous reverrez ainsi, en des attitudes fort différentes les unes des autres, voire même opposées, inconciliables.
Et vous pourrez utilement méditer sur bien des points.
Par exemple :
Comment se fait‑il qu’un même personnage, moi en l’occurrence, ait pu se scinder en tant de “sous-personnages” disparates et successifs ?
Comment se fait‑il qu’en se remémorant tels ou tels de ces “sous‑personnages”, je sois amené à me dire : “C’est bien de moi qu’il s’agit, je n’en puis douter. Mais non, vraiment, je ne me reconnais plus…” etc. etc.…...
Voici maintenant la méditation essentielle, celle qu’il faut absolument effectuer, faire et refaire le plus “à fond” possible :
Oui, j’ai été tous ses “sous-personnages”. Or, comment se fait‑il que je puisse les revoir ?
Grâce à ma mémoire, bien sûr…
Oui, bien sûr… Mais qu’est‑ce donc, ma mémoire, la mémoire ? Un enregistrement sur bande, comparable à ceux du cinéma, et que je puis à loisir projeter ou reprojeter à l’envers ou à l‘endroit ?….
Si l’on veut.
Les philosophes ont longuement épilogué sur cette question sans parvenir à se mettre d’accord. Il y a un mystère de la mémoire.
Peu importe. Nous verrons plus tard, à l’occasion, l’ésotérisme doit avoir sa petite idée, sur ce point comme sur quelques autres. Pour l’instant, soyons modestes et contentons‑nous de dire :
“Il y a quelque chose en moi qui me permet de me revoir et de revoir mon passé. (Bien imparfaitement, d’ailleurs).”
“Quelque chose qui fut comme un TÉMOIN, en somme, et qui ressuscite ce dont il fut le témoin.”
“Mais, voyons !…. Aux moments où j’étais les différents sous‑personnages qu’il m’est donné de revoir, avais‑je la perception de ce témoin ?”
“Non.”
“Absolument pas.”
“J’étais pris par le jeu. L’immédiat me fascinait. J’étais inconscient de tout ce qui n’était pas mon « braquage », du moment : haine, jalousie, colère, envie, orgueil etc.… J’étais vécu”.
“Il était là, cependant, le témoin. Comment aurait‑il sans cela vu et enregistré ? Il veillait.”
“Il était là comme il est là aujourd’hui, en la présente minute. Et je revois mes sous‑personnages de jadis, exactement comme je puis me voir intérieurement à l’instant même, allongé sur un divan ou vautré dans un fauteuil, ET DANS LA MÊME LUMIÈRE.”
ET DANS LA MÊME LUMIÈRE !
Or, cette lumière, qu’est‑elle ? Il y a là un mystère, comme pour la mémoire. Soyons modestes, ainsi que nous l’avons été déjà, et contentons‑nous de formuler ce que nous percevons
À la fois, le témoin et la lumière…
Et rien ne nous empêche de dire que cette lumière est la lumière du témoin…
À moins que ce ne soit la lumière elle‑même qui soit le témoin…
Ici encore, disons : peu importe. Nous verrons plus tard.
Contentons‑nous de bien prendre conscience :
- De l’existence de ce témoin‑lumière ou de cette lumière‑témoin
- De leur perpétuelle et conjointe existence en nous alors même que nous n’en avons pas conscience.
- De la faculté que nous possédons, par la vertu d’un simple mouvement intérieur, d’en percevoir la présence…
Maintenant, si vous le voulez bien, procédons à quelques observations indispensables, à quelques observations dont on ne tardera pas à constater l’utilité :
- J’ai perçu le témoin dans sa lumière. Il est encore là si je le veux. Je continue à le percevoir.
Quels caractères essentiels vais‑je lui reconnaître ? Plus exactement : quels caractères essentiels suis‑je contraint à lui reconnaître ?
La PERMANENCE, évidemment. L’IMMUABILITÉ…
Mais encore ?
Cela s’impose :
LA SÉRÉNITÉ, L’INDIFFÉRENCE…
Il est là. Il sait. Il enregistre.
IL SAIT. IL EST LA CONSCIENCE.
Et il demeure imperturbable. Rien ne saurait l’émouvoir. - Or, que se produit‑il si je m’identifie à lui par la pensée ? Si je m’abandonne à lui, si je me laisse absorber par lui ? Si j’envisage toutes choses de son point de vue ?
- Je me détache.
- Mon horizon s’étend. Ma vue s’éclaircit.
- J’objective mieux mes sous‑personnages. Je m’en délie. Je m’en dégage. Je m’en libère…
- Je suis moins “vécu”.
- Je prends conscience d’une “êtreté” plus haute, plus pure.
- Cette sérénité même que j’ai reconnue au témoin me pénètre, devient mienne. Sa paix m’envahit.
UN CERTAIN ÉTAT DE JOIE TEND À S’ÉTABLIR EN MOI…
- Ici, prenons bien garde !
- Si, revoyant mes sous‑personnages en mon esprit, je me laisse reprendre par le jeu et me remets à les vivre avec l’intensité première, je redeviens le jaloux, l’envieux,
la brute aveugle etc.
Le témoin disparaît.
Je ne sais même plus que je vis. Le torrent m’emporte. L’hypnose m’a repris. Je m’abîme dans l’inconscience.
Ce qu’il faut, c’est que je “m’accroche” au témoin, que je ne cesse de vivre en sa présence et en sa lumière, à son contact Je dois demeurer comme lui en pleine indifférence et en pleine paix. Je dois être ce qu’il est. Et, en fait, je suis ce qu’il est.
JE SUIS LE TÉMOIN.
Dès lors, je puis “comprendre”, saisir les causes et les rapports, juger des conditions, voir et mesurer les effets. Ne suffit‑il pas, d’ailleurs, que je me livre à cette méditation sur le témoin pour qu’une indéniable tendance à l’unification se manifeste en moi ?…. Je m’achemine vers une “constante”, je le sens. Je me “rassemble” autour d’un axe, d’un point central…
JE ME CENTRE.
Je me mets en mesure de me dominer. Je me dépasse. Je me mets en position de ne plus vivre au hasard des chocs, des impulsions, des réflexes incontrôlés. Je me donne une chance de choisir mes pensées et mes actes, de me conduire et de me diriger moi‑même. Je m’arrache à la condition de toton, d’ilote, de Colin Maillard, de somnambule, de robot…
Si je me fixe en cette attitude, qui est contemplative j’éprouve, nous l’avons constaté déjà, des sensations de détente de paix, de sérénité, de joie, etc. Et ce qu’il est important se demander, alors, c’est ceci :
D’où me viennent‑elles, ces perceptions ? De l’extérieur comme des perceptions de chaleur ou de froid, comme des atteintes de l’envie, de la haine ou de la jalousie ?
Non, de l’intérieur, du dedans. Je le perçois nettement Je n’en puis douter. Il y a là une certitude. Mieux : une évidence.
Ces perceptions vont avec la présence et avec la lumière du témoin. Elles sont de même nature. Cela constitue en somme une unité, une unité divisible en trois :
ÊTRE — CONSCIENCE — FÉLICITÉ
Et, cela, je le perçois, je le vis. Et c’est en moi — surtout la perception de joie — comme une fluorescence, comme une irradiation matérielle, comme une pénétration fluidique etc. On peut multiplier les comparaisons à l’infini. Les unes, qui seront valables pour les uns, ne le seront pas pour les autres. Que chacun trouve celle qui lui conviendra le mieux.
L’essentiel est de percevoir la chose en sa réalité, de l’éprouver, ne fût‑ce que très faiblement au début. La perception, grâce à une pratique utilement conduite, deviendra rapidement plus nette, puis plus intense. Des états extatiques peuvent en résulter, ce qui n’est d’ailleurs pas souhaitable.
Mieux vaut en demeurer, en pleine conscience, au stade qui devait être celui de Saint‑Paul lorsqu’il parlait de “la joie qui était en lui malgré toutes ses tribulations”, au stade que Christ souhaitait pour ses disciples lorsqu’il leur disait : “Je souhaite que ma joie soit en vous”. Cette coulée de joie qui est, lorsqu’un certain degré est atteint, non plus comme une irradiation ou un souffle, mais bel et bien, selon la comparaison évangélique, comme un jaillissement, comme une coulée rafraîchissante de source, de cette source dont il est dit « qu’elle ne tarit point ».
Georges Saint‑Bonnet
Méthode unitiste – Nouvelle série
Témoignage : J’ai connu le Patron (au sujet de la Conscience Témoin)
Repère : Changer d’habitudes — comprendre et transformer les automatismes
Thèmes : Conscience – Joie – Exercices