J'ai connu le Patron
Au sujet de la Conscience Témoin
Trouvé dans un petit opuscule « bulletin confidentiel de l’unitisme » de 1963 ou 64, voici un témoignage de l’utilisation de la conscience témoin par un participant du groupe Unitiste. Dans les années 1950‑60 Georges Saint‑Bonnet était souvent appelé par les membres du groupe : “le Patron”. C’était, paraît‑il, une référence à son passé de journaliste.
J'ai connu le Patron en 1960 à une époque où mes angoisses métaphysiques prenaient une ampleur considérable et je suis certain que cette rencontre n’a pas été un hasard, car je me suis rendu compte par la suite que lui seul pouvait m’aider.
Aux premiers contacts, j’ai eu l’impression d’avoir affaire à un fumiste ; puis peu à peu les nuages se sont dissipés et n’ont laissé en moi que du soleil.
En 1961, c’était vraiment la dépression nerveuse. Cela a été pour moi, jusqu’ici, l’époque la plus pénible de ma vie. Car pendant deux ans, j’ai connu la peur : la peur de la vie, des êtres, des choses, de moi‑même, à croire que j’allais perdre la raison. J’en arrivais à la panique au simple fait du bruit des voitures dans la rue etc.
Alors j’ai suivi l’enseignement du Patron. Et, comme il le proposait, je me suis servi de la seule certitude de l’homme sur terre, c’est‑à‑dire l’agrément et j’ai choisi ce dernier plutôt que le malheur.
Ce qui n’a toujours infiniment plu chez le Patron, c’est qu’il n’imposait jamais rien à personne, car il savait bien que c’était peine perdue et que cela aurait été une absurdité. Nous devons toucher par nous‑même, comme Saint‑Thomas ; car le singe qui imite n’est lui‑même qu’une imitation
Pour me surprendre dans mon imitation, j’ai essayé, selon le Patron d’être spectateur, mon propre spectateur et de me voir vivre. Bien sûr, au début et pendant un certain temps mon spectateur se trouvait autant paniqué que moi, car il n’était pas encore au balcon ; il évoluait à côté de moi sur la scène et ne pouvait donc pas encore me rendre le service que je lui demandais. Puis un beau jour, il n’a plus été touché ou presque, (J’entends naturellement que j’ai réussi à être spectateur de moi‑même vis‑à‑vis de ce problème de la dépression nerveuse, mais que je suis évidemment très loin d’être spectateur pour tout dans la vie. C’est simplement un départ mais, qui a déjà donné des fruits comme vous allez le voir.)
J’étais donc au spectacle et j’ai entrevu un type pris au piège de son imagination qui INVENTAIT son malheur. De ce jour j’ai compris que ce spectateur était plus vrai que moi, et depuis je m’accroche à lui. Car il existe vraiment, alors que je me crois fort de posséder une “personnalité” qui n’est rien d’autre qu’une illusion.
En plus de tout ce que peut apporter cet exercice, sa pratique est passionnante. Constater tout ce que l’on peut se fabriquer comme ennuis et comme maladies avec notre imagination. J’ai la ferme conviction que, si on pouvait, en appuyant sur un bouton, arrêter l’imagination d’un être, il se porterait beaucoup mieux physiquement. Ce ne serait évidemment pas une solution, car il n’aurait plus le moyen de s’élever et se verrait condamné à ne rester que dans la matière. Mais, et c’est là que c’est une découverte extraordinaire, cela nous montre que si nos pensées créent le malheur, elles peuvent donc créer aussi le bonheur. C’est donc à nous de choisir bien. Et si cela ne va pas, la faute est nôtre, et nous n’avons pas le droit de nous plaindre.
Pour terminer sur cet exercice parmi tant d’autres qu’a donnés le Patron, je vais raconter une victoire que Je lui dois.
En 1960, J’avais de la tachycardie, dû au déséquilibre psychique. J’avais 1’impression que j’allais mourir. Mon imagination ne pensait qu’à cela tout le temps. Je l’entretenais donc comme un soufflet entretient la braise. Cela a duré à peu près deux années d'“entretien”. Et c’est là que mon témoignage a une valeur.
Que peut faire la médecine contre cela ? Des calmants qui vont détendre le corps ? Et après cela recommence. Non, on ne peut s’en sortir que par soi‑même. Et c’est alors que j’ai trouvé la vraie médecine en Saint‑Bonnet. J’ai essayé de “me quitter” pour me voir.
J’ai eu à nouveau, il y a deux mois, de violentes palpitations de cœur avec des éblouissements. Sur le moment j’ai eu très peur. J’ai fait le spectateur et j’ai regardé ma peur. Le calme est revenu et l’angoisse a disparu le lendemain, je souriais en y pensant.
Faites vous‑même le bilan. Une peur qui a duré deux ans et la même qui a duré quelques heures. Je pense que la prochaine, ne durera que quelques minutes, la suivante quelques secondes, après quoi je ne pourrai plus en parler du tout.
Merci Patron !
Christian de Tilière
Expérimentation du témoin — le texte source
Thèmes : Conscience – Exercices