Le Bréviaire
Formules essentielles pour accompagner le chemin intérieur
Je souhaiterais que chacun se fît — et aussi abondant que possible — son répertoire d’historiettes et de mots. D’historiettes “éclairantes” et de mots “lumière”, toujours présents en quelque coin de l’esprit et toujours susceptible de s’imposer à lui pour le remettre en place, ce qui est nécessaire sinon indispensable à chaque seconde, ou presque…
Nous vivons plus ou moins bien, ou plus ou moins mal, selon que nos images ou nos formules déclenchent en nous de plus ou moins mauvais ou bons réflexes. Tout l’art de l’éducation (ou de l’auto‑éducation) est là par conséquent. De notre orientation de base, laquelle dépend de ce qu’il y a en de plus vivant et actif, résulte notre tracé général vers la réussite ou l’échec, vers le meilleur ou vers le pire.
Rien n’est donc plus important, pour l’homme, que ce choix d’éléments “incitants” ou “moteurs”. Nous n’avons qu’un seul moyen de nous soustraire à l’hypnose collective et de résister aux courants extérieurs ou aux dérives qui en résultent, celui‑là : nous constituer un arsenal mental de mots recteurs ou correcteurs, d’images guides ou têtes de cordée…
L’idée du bréviaire — que Gœthe prenait comme maître moyen de l’art de vivre bien et efficacement — répugne à beaucoup, ne fût‑ce qu’en raison de ce qu’elle comporte de “curé”.
Mais attention ! Il ne s’agit pas de s’endoctriner, comme les curés le font, de se fixer ou braquer l’esprit sur et en un dogme asphyxiant et sclérosant.
Il ne s’agit pas de “croire” et de s’abêtir.
Il s’agit de s’orienter utilement d’abord, de se maintenir souple, ductile et réceptif ensuite, ce qui nécessite que toutes les formules, images ou idées du bréviaire soient perpétuellement mises et remises en cause, transformées, réajustées et refondues…
Et il y a un immense intérêt — ceci, pour nous, ne saurait faire question — à ce que ces formules soient pittoresques, drues, colorées, brutales et même cyniques, frondeuses, fracassantes, révolutionnaires. Que justement, enfin, elles soient tout ce que l’on voudra sauf lénifiantes, somnifères et sclérosantes…
Il ne faudrait pas me pousser beaucoup pour me faire dire que la première qualité d’une formule est d’être spirituelle, encore que bien des gens, surtout dans les milieux spiritualistes, tiennent l’esprit pour suspect, peut‑être parce qu’ils en sont totalement dépourvus.
L’esprit est toujours signe de trois choses au moins dont il est superflu de dire qu’elles sont trois grandes choses : vie, liberté et non‑conformisme.
Mallarmé disait que “rien n’était complet qui n’aboutissait à l’humour”, Hugo affirmait qu’une “idée n’était pas une idée qui ne résistait à un mot”, Voltaire pensait que l’esprit était le meilleur moyen de faire pénétrer dans les têtes des choses utiles et tenait “pour grand dommage que, né plaisant, il se soit adonné trop souvent au sérieux”, et il lui advint de dire :“Je pense que nous pourrions nous arrêter de mourir si, à ce nomment là, nous venait un bon mot.”
Souhaitons qu’il nous soit donné à tous d’en faire l’expérience. Mais, en attendant, que risquons‑nous à nous pourvoir d’une trousse de mots et d’images susceptibles de nous donner plus d’aisance à vivre et plus de facilité à nous dégager de nos illusions et de nos sottises ?
Des exemples de formules propres à nous maintenir en des attitudes mentales heureuses, utiles, correctes, expédiantes, en des attitudes, si l’on préfère, de “dégagement” ou encore de “rappel de soi”, j’en ai donné pas mal déjà. Mais voici que l’on me requiert d’en donner d’autres.
Soit. Je vais m’y employer. Et bien volontiers puisque peu de choses, j’en suis convaincu, peuvent avoir pour nous plus d’intérêt concernant la qualité de notre comportement intérieur et, partant, de notre conduite et de nos éventuelles réussites d’ensemble ou de détail.
Une formule, par association d'idées, ne vient justement à l'esprit. Elle est de Socrate “Les maximes sont des médicaments”. Vieille, vieille formule, n'est‑ce pas ?
“Bien usée” ! diront certains. Et qui s'empresseront de la rejeter, uniquement parce qu'elle est vieille — ce qui ne veut pas dire usée — au lieu de songer à en tirer parti en la rajeunissant, en la transformant ou on l'adoptant…
Georges Saint‑Bonnet
« Cours unitiste » série Notes marginales N° 5
Thèmes : Lucidité — Exercices
Repère : Formules en vrac — pépites de lucidité à méditer librement
Repère : Boussole — reprendre le cap intérieur au cœur du tumulte