Amour Divin
Quand la douceur devient chemin d’éveil à l’Amour divin
AMÉNITÉ, SOURIRE, ET DOUCEUR…
On me demande de reprendre l’essentiel de l’enseignement unitiste sous une forme moins abrupte qu’à l’ordinaire…
Et je crois comprendre ce que l’on souhaite :
Que je le reprenne, cet enseignement, de façon plus douce et plus amène, plus souriante, plus flatteuse, et, surtout, plus “consolante et rassurante”.
Soit mais à une condition.
Il y a toutes sortes de vertus dans la douceur, l’aménité et le sourire. Et d’abord celle‑ci que rien ne saurait mieux et plus sûrement endormir… Or nous dormons déjà tellement qu’il se pourrait bien que la sagesse suprême soit de dormir sans cesse davantage, de dormir jusqu’à ce que s’abolisse définitivement toute notion et possibilité d’éveil ou de réveil…
Peut‑être…. Mais, je l’avoue : c’est cela qui me gêne. Et j’espère qu’il n’en va pas autrement pour tous ceux qui me lisent…
De ce qui précède résulte ma condition, que voici :
Que nous nous endormions de temps à autre un peu plus encore, d’accord. Mais en pleine conscience, et d’un œil seulement, de façon à mieux nous réveiller…
Nous partirons de cette idée que Dieu est amour, cette idée étant d’ailleurs l’une des plus facilement défendables qui soient sur le plan philosophique… Mais si défendable soit‑elle, cette idée reste une idée, c’est‑à‑dire une abstraction qu’il n’est pas facile d’utiliser pratiquement, surtout à des fins affectives. Nous irons donc un peu plus loin, et nous dirons :
Dieu nous aime…
(Et nous reprendrons, ce faisant, l’un des principaux éléments ou aspects du message de Jésus le Christ…)
Donc — tenons la chose pour acquise — Dieu nous aime… Et que nous demande‑t‑il en échange ? De lui rendre son amour… (Et nous aurons du reste tout intérêt à le faire, car c’est ainsi, en rendant ce que l’on reçoit, que l’on entretient et que l’on intensifie les circuits mauvais ou bon.)
Mais n’allons pas si vite, et, puisque nous avons décidé de suivre cette voie de douceur, donnons‑nous au passage quelques thèmes d’heureuses méditations :
- Dieu nous aime, parfait Mais nous aime‑t‑il davantage que le reste de sa création ? Que les fourmis et les serpents, les arbres et les rochers, les nuages et les torrents ?
- En quoi l’homme est‑il fondé à se dire le roi de la création ? En quoi est‑il fondé à se dire supérieur aux autres animaux ou bêtes ?
Est‑il réellement plus intelligent ?
Et, s’il est réellement plus intelligent, l’intelligence est‑elle une qualité aux yeux de Dieu ? Prime‑t‑elle l’instinct ?
Devons‑nous nous féliciter de la posséder, à supposer qu’elle ne soit pas uniquement une “vertu illusoire”, inhérente à notre espèce ? Et si elle n’est pas une vertu illusoire, le fait de la posséder n’entraîne‑t‑il pas de considérables obligations ou responsabilités ?
De considérables obligations et responsabilités dont nous n’avons pratiquement pas le moindre souci ?
Où diable des méditations sur de semblables sujets pourront‑elles bien nous entraîner ?
Ne nous le demandons pas trop.
Et puisque nous voulons être consolés et rassurés, arrangeons‑nous pour que ce soit à ces conclusions :
- Que l’espèce humaine est effectivement l’espèce no 1, l’espèce élue…
- Que tout homme possède, en principe, dans sa giberne, son bâton de “réintégré” et sa carte d’admission au nirvana…
- Qu’il suffit, pour que cette carte valable en principe le devienne en fait, que l’homme obéisse aux dix commandements, et surtout aux deux premiers :
a – Tu aimeras ton Dieu plus que toi‑même…
b – Et ton prochain comme toi‑même, afin que s’établisse ainsi le circuit d’amour dont nous avons parlé.
Mais reprenons l’énoncé de nos thèmes.
Dire que Dieu aime l’homme revient à dire que Dieu aime tous les hommes : blancs, noirs, rouges, catholiques, protestants, capitalistes, communistes, croyants ou incroyants…
Il a des opposants, des contempteurs et des ennemis, peu lui importe. Il les aime quand même.
Dieu aime avec indifférence.
Il aime comme l’eau coule, mécaniquement.
Son amour s’épand sur toutes choses, les pénètre et les vivifie, exactement comme l’oxygène pénètre et vivifie nos tissus…
Plus exactement sans doute :
Tous êtres et toutes choses de la création baignent dans l’amour divin et en sont imprégnés…
Dieu pénètre et enveloppe « tout ce qui est » avec l’indifférence d’un climat.
IL NE DONNE PAS DAVANTAGE AUX ARBRES QU’AUX GRILLONS, AUX ÉTOILES QU’À LA TERRE ET AUX HOMMES QU’AUX POISSONS.
IL NE DONNE PAS DAVANTAGE AUX PRÊTRES QU’AU MÉCRÉANT, PAS DAVANTAGE À PIERRE QU’À PAUL.
IL N’Y A QU’UN SEUL BAIN, ET IL EST LE MÊME POUR TOUS,
MAIS IL APPARTIENT À PIERRE DE PRENDRE PLUS QUE PAUL OU A PAUL DE PRENDRE PLUS QUE PIERRE.
En somme, tout est offert à tous. Il n’est que de prendre. Encore faut‑il savoir où et comment…
Où ? — Partout…
Comment ?
En aimant, justement.
En adorant Dieu en toutes ses manifestations et à l’occasion de chacune d’elles…
En aimant comme le faisait Saint‑François d’Assise, d’un cœur épanoui, sans souci du ridicule, sans souci des moqueries que peuvent accumuler les Voltaire (cf Candide).
En aimant comme aimait Don Quichotte, avec des yeux qui transfigurent les choses et font des maritornes des princesses.
Ou bien encore — et ceci est mieux — avec des yeux qui découvrent le réel au travers de l’illusoire, le permanent au travers de ce qui passe, avec des yeux “qui vont à l’essentiel et le montrent au cœur afin qu’il puisse s’y attacher”.
Les soufis n’hésitent pas à dire des choses de ce genre :
« Pensez à la libéralité qui pourvoit aux besoins de votre existence. La nourriture dont vous ne sauriez vous passer, par exemple, vous est donnée dans toutes les circonstances de la vie. L’eau plus nécessaire que la nourriture solide vous est plus libéralement accordée, et l’air, indispensable, est si abondant que vous le trouvez partout, libre de redevance et d’effort.
N’est‑il pas juste que nous apprécions la condescendance (sic) de notre créateur et que, très humblement, nous lui rendions grâce ? »
N’allons pas jusque‑là.
Ce texte, qui est d’Inayat Khan, fait songer au fameux sermon du fameux Jésuite :
« Admirons la bonté de Dieu, mes frères, qui fait toujours passer les grands fleuves à proximité des grandes villes, ainsi d’ailleurs que les chemins de fer ».
Non, n’allons pas jusque‑là.
Mais allons tout de même de ce côté‑là. C’est de ce côté‑là que se trouvent les sources de vie. Et mieux vaut pécher par excès de crédulité que par excès de scepticisme.
Toujours il y aura plus de ressource dans une foi, même absurde, que dans une incroyance, même puissamment raisonnée. L’incroyance dessèche, puis calcine.
Le plus connu des théoriciens français, Le Dantec, n’a‑t‑il pas écrit que, “dans l’incroyance, l’homme ne pouvait vivre en aucun cas” ?
Nos soufis sont les grands spécialistes des méthodes “confiance, douceur, adoration, tendresse, tout va bien et bon côté des choses”. Puisque nous avons commencé à les citer, continuons :
« Gloire à Dieu ! En l’adorant, nous l’approchons, et quand nos remerciements montent vers lui, ils retombent sur nous en un accroissement de biens.
Il nous a créés, façonnés à son image.
Il nous a fait Ashref‑al‑Malkhlukat, c’est‑à‑dire : l’orgueil de l’univers, l’être supérieur qui, dans les deux mondes, commande à tous les êtres.
À ces attributs divins il a ajouté les attributs de l’humanité — Bonté, reconnaissance, justice, humilité, pitié, sympathie, respect, courage, patience, amour, science et sagesse — car vous êtes le but réel de la création et les bien‑aimés du créateur…
La Nature et ses éléments travaillent et s’engendrent dans le cercle immense des effets et des causes ; chaque cause est efficiente, chaque effet nouveau est une puissance causatrice.
Mais songez que toutes les causes pour être produites doivent avoir quelque cause qui les précède, et que votre observation scientifique s’élève peu à peu à la contemplation de cette Cause sans cause.
L’air, la terre, l’eau, le feu sont les vivants serviteurs de Dieu. En Sa présence le feu attend, toujours prêt à Son Service, comme un amant soumis qui n’a point de volonté propre. Le feu jaillit si vous frappez l’acier contre le silex, mais c’est au commandement de Dieu qu’il jaillit.
Aussi ne frappez point à tort le silex et l’acier, comme l’homme et la femme, ils génèrent. L’acier, le silex sont des causes ; pourtant ô Homme cherche plus haut la première Cause, celle qui rend la seconde opérative et peut la rendre inutile et sans effet. Car tandis que le reste des hommes ne perçoit que les causes secondes, cette première Cause est la Lumière qui dirige les Prophètes. »
Certains passages sont offensants pour les intelligences de formation occidentale. Tout cela, pour elles, n’est que fatras. Rien n’en saurait « tenir ».
Et cependant elles vont loin les notations sur le silex et l’acier, lesquelles s’appliquent tout autant à l’homme et à la femme… Et les notations sur l’enchaînement des causes, lequel conduit nécessairement à Dieu celui qui pousse assez loin la méditation.
Or, que l’on considère bien ceci :
Le soufi se veut avant tout poète et musicien. Il recherche un état d’âme particulier, qui est de gratitude et d’amour, exactement de “renvoi à Dieu de l’amour qu’il donne”.
Il s’installe en cet état d’âme, ou, si l’on préfère, en cet état d’être, et, dès lors, plus rien ne lui importe que ce qui le maintient en son ciel, que ce qui le berce, l’enveloppe de tendresse et de joie, que ce qui ajoute à sa béatitude…
Son souci n’est en aucune manière de rigueur ou de logique. Ce qu’il demande aux mots, ce n’est pas d’exprimer des pensées précises, susceptibles de convenir aux théologiens ou aux philosophes, mais de lui servir de tremplin pour s’en aller, comme le clown de Bainville, rouler dans les étoiles…
A‑t‑il tort ?
Des points de vue d’Aristote, de Saint‑Thomas ou d’Hegel, oui, assurément. Mais des points de vue de Platon, de Plotin et même de Bergson ?
La question se pose…
Car enfin, si l’on accorde primauté à l’intuition sur l’intelligence, et si l’intuition détermine ou permet un bon “accrochage” aux états d’amour, que demander à l’intelligence, sinon de se subordonner ?
On entend d’ici le dialogue des opposés :
- Le soufi : Je savoure l’amour divin. Je nage dans la joie…
- Hegel : Dans la joie ? Peut‑être. Mais tes raisonnements ne tiennent pas debout…
- Le soufi : Pas debout ? Peut‑être, Mais voilà qui m’est bien égal, puisque j’ai la joie…
- Hegel : La joie ? J’en doute.
- Le soufi : Garde ton doute. Moi, je garde ma joie…
Georges Saint‑Bonnet
« Méthode Unististe » série Confort
(Cours N° 1)
Thème : Amour