Foi et guérison
Les mécanismes invisibles de la transformation intérieure
L'un des cas les plus humbles qui soient, celui de la guérison des verrues…
Cette affection, on le sait, résiste avec obstination à la plupart des traitements officiels, sauf chirurgicaux évidemment. Mais les sauvages d’Afrique savent, eux aussi, tailler la chair avec des couteaux sans se croire pour autant d’éminentissimes savants.
Or, cette affection qui met en échec toute la dermatologie des deux hémisphères capitule volontiers devant les recettes ou procédés de certains sorciers ou sorcières. Les recettes qui sont connues, sont des plus variables, dans le Midi, on utilise les plantes grasses, soit en macération et en emplâtres, soit en décoctions ou tisanes.
Ailleurs, ce sont les bouillies d’araignées ou de vers rouges qui marchent. Quant aux procédés, ils vont de la passe magnétique, au souffle et aux formules les plus kabbalistiques et extravagantes, rien de tout ceci ni de tout cela ne pouvant avoir la moindre action. Et cependant, « ça marche ».
ALORS ?
Alors, nous retrouvons ici la drogue dont nous avons déjà constaté la puissance ailleurs : la foi, la confiance…
Car ce ne sont jamais que ceux “qui croient” à l’action du sorcier ou de la sorcière qui guérissent.
Et c’est cela qui compte, uniquement cela : le fait de croire.
Et peu importe que ce soit à Dieu ou à diable.
Ce qu’il faut, c’est que, du fait de l’état de croyance — et nous sommes sur ce point renseignés par de récentes découvertes scientifiques — le processus psychosomatique aboutisse, au niveau de la peau, à des sécrétions d’antivirus propres à liquider les verrues…
EN TROIS POINTS
Résumons ce que nous avons dit, et, espérons‑nous, sinon démontré, du moins rendu acceptable. Et résumons‑le en une formule précise, car il s’agit d’une chose importante, indiscutablement utile à bien conserver en mémoire :
Envisagé d’un certain point de vue, le mécanisme du miracle de l’esprit est celui‑ci :
- Une chose est dite,
- Elle est entendue et acceptée, c’est‑à‑dire tenue pour vraie en l’absence de tout élément d’opposition, c’est‑à‑dire de doute, (il y a donc, à ce niveau, passage de l’hétéro‑suggestion à l’autosuggestion…)
- La chose, dès lors, — seule dans le champ de la conscience — devient agissante et capable de déterminer des résultats apparemment miraculeux (mais qui ne le sont plus pour nous puisque nous en connaissons désormais le mécanisme).
À RETENIR
Le phénomène est donc de pure mais extrême, concentration, et nous rejoignons ici les données connues et archiconnues, depuis toujours en occultisme ou en magie, concernant ce que l’on peut obtenir, sur soi‑même et sur les autres, par la pratique du monoïdéisme systématique, (Mauvais œil, sortilèges, envoûtement, télépathie, apparitions, lycanthropie etc. etc.)
Mais qu’en retenir d’utile ?
Ce qu’en a si magistralement retenu et utilisé Coué, par exemple, qui était passé maître en l’art de guérir par suggestion, et dont tout le talent consistait :
- À suggérer de façon insidieuse et répétée, de façon :
- À ce que le sujet ne soit pas a priori incité au doute
- À ce que, une fois au moins, de temps à autre, la suggestion s’effectue en un moment favorable, c’est‑à‑dire en un moment de pleine réceptivité…
- (Fatiguer le sujet est souvent un bon moyen, car la fatigue, en ralentissant les réflexes de défense ou d’opposition, favorise la venue des états de passivité, donc de réceptivité)
- À mettre l’imagination du sujet de son côté, les représentations imagées étant assurément les plus dynamiques et les plus facilement renouvelables, (On peut même dire qu’elles se renouvellent d’elles‑mêmes, automatiquement…)
- Que le grand secret de la réussite est, non pas d’agir soi‑même, mais au contraire d’amener le sujet à agir lui‑même, inconsciemment bien entendu, car, à partir du moment où il a compris, et peut agir consciemment — ce qui est désormais le cas de nous tous je suppose — il n’a plus besoin de personne… Et surtout de l' autosuggestion.
Je dis bien : de l’autosuggestion, car c’est, neuf fois sur dix, lorsque l’on assiste à ces sortes de réussites, le sujet qui a fait, tout le travail…
Plus exactement : Tout le travail s’est accompli à l’intérieur du sujet — sans qu’il en ait conscience — en vertu des processus purement mécaniques du psychisme.
IL NE DOUTE PAS
Ces processus, nous allons les détailler. À supposer que l’on veuille pratiquer, il n’est pas d’autre moyen de se mettre en mesure de le faire.
Reprenons notre exemple du vin transformé en eau :
Rien ne dit, au surplus, que ce ne soit pas par un procédé analogue à celui que nous allons étudier qu’ait employé le Christ aux noces de Cana, ou, plutôt que l’eau ne se soit automatiquement transformée en vin dans l’esprit des convives…)
Nous nous trouvons dans une pièce mal éclairée, et je tends à un sujet un verre d’eau en lui disant : — Goûtez donc ce bon vin blanc.
Le sujet prend le verre d’eau, le trouve peut‑être un peu blanc pour du vin, mais enfin, comme il a confiance en moi, il le porte à ses lèvres en pensant que c’est, effectivement du vin. Il ne doute pas. Et, pour lui, à ce moment‑là, c’est du vin…
CE QUI « ARRIVE »
Que va‑t‑il se passer au moment où il le goûtera ?
Ou sa mémoire jouera et il reconnaîtra alors, mais alors seulement, que ce n’est pas du vin mais de l’eau, ou sa mémoire ne jouera pas, et, incapable d’émettre un doute, il absorbera cette eau pour du vin…
Miracle ?
Non, on le voit bien. Simple obnubilation, simple « blocage » de l’esprit. Un déclenchement, le déclenchement critique, ne se sera pas produit. Et c’est bien ce qui arrive lorsque le sujet est en état d’hypnose…
RIEN
Mais s’il s’agit d’un malade en présence d’un guérisseur mystique déficient et tout de même guéri ? Examinons le cas à la faveur du processus observé à propos du verre d’eau…
Le malade est un psychique, et, bourré de complexes et de refoulements, fait une fixation douloureuse, par transfert, au niveau du plexus solaire. À heures fixes, il souffre au creux de l’estomac, d’un prurit rebelle à toutes les drogues calmantes…
C’est un hésitant. Il veut bien croire qu’un mystique puisse le guérir, mais il n’en est pas sûr. Qu’un mal dont il souffre depuis des années soit susceptible de disparaître comme cela, en une seconde, voilà qui lui paraît tout de même “un peu fort de café”… Le mystique opère et ne trouve pas l’état. Que se passe‑t‑il ? Rien, évidemment.
Il ne peut rien se passer…
POURQUOI ?
Mais si le patient est un convaincu. S’il est certain, pour une raison ou pour une autre, que cet homme va le guérir, ou que Dieu va le guérir par l’intermédiaire de cet homme ?
Là, non moins évidemment — encore que le guérisseur ne puisse rien faire par définition puisqu’il ne trouve pas « l’état » — ça marche à tous les coups…
Pourquoi ? Même histoire, ni plus ni moins — même histoire exactement — qu’en ce qui concerne le verre d’eau : Le mécanisme critique, le mécanisme du doute n’a pas joué. L’esprit du patient est resté bloqué sur la certitude de la guérison, et le mal s’en est allé du fait qu’il n’y avait désormais plus de place pour lui dans le champ de conscience du patient.
FORMULE DE LA FOI
« Il avait la foi », diront les bonnes gens. Et ils auront raison. Le Christ ne disait pas autre chose…
Mais à la faveur de nos exemples — et de notre examen des mécanismes en cause de l’esprit — nous pouvons, maintenant très exactement, saisir ce qu’est, psychologiquement, cette fameuse foi :
Un état d’esprit de confiance absolu, exclusif de toute possibilité de doute, autrement dit : un état de monoïdéisme mental, de « braquage » de « blocage »…
Que l’on y songe :
Comment les miracles de Lourdes pourraient‑ils bien, s’opérer, sinon de cette façon‑là ?….
LOURDES
Ici, que l’on veuille bien ne pas me dire que je soutiens une thèse qui s’oppose aux théories mystiques et aux croyances religieuses. Je répondrai : aux fausses mystiques, et aux fausses croyances, oui…
Mais pas aux vraies.
Je crois aux possibilités miraculeuses de l’esprit fonctionnant selon sa nature et selon Dieu.
Je crois donc que le miracle est possible partout où sont observées les lois supérieures de l’esprit, et pas à Lourdes spécialement…
Si l’on peut, à Lourdes, observer plus de miracles qu’ailleurs, ce n’est pas parce que Lourdes est un lieu bénéficiant d’une grâce particulière de Dieu ou d’une attention spéciale de la Vierge, c’est parce que des gens y viennent en plus grand nombres animés de la confiance utile, c’est parce que l’agencement des circonstances historiques et les hasards de la renommée ont fait de cette ville et de sa grotte un catalyseur de confiance et de foi.
Sont exaucés ceux qui croient, qui croient réellement, autrement dit :
Ceux qui sont fermés, verrouillés à toute possibilité de doute…
Or, que l’on veuille bien m’en porter témoignage, rien de ce que j’écris en ce moment ne s’oppose à l’enseignement du Christ et des grands mystiques, sinon à l’enseignement de certaines Églises, ces deux enseignements, on le sait, n’ayant plus grands rapports l’un avec l’autre…
PRATIQUEMENT
Soit, Mais, pratiquement, ou cela nous conduit‑il ?
À constater, non seulement les possibilités miraculeuses de l’esprit, mais également le mécanisme de ces possibilités.
N’est‑ce pas rien ?
Car il s’est rallié à la thèse de la vérité des miracles de Lourdes parce qu’il y a constaté une guérison portant, non sur le psychique, mais sur le somatique.
N’est‑ce pas, par un certain côté au moins, assez étrange ?
Car enfin, où finit le somatique et où commence le psychique ? Ne sont‑ils pas strictement fonction l’un de l’autre, interfèrés et liés ?
Ne forment‑ils pas une unité ?
Telle est la thèse de la science moderne, d’ailleurs, et il y a beau temps que les ésotéristes ont devancé les facultés à cet égard (voyez Van Helmont, Paracelse, Jacob Boehme, Gitehel, Steiner etc. etc.).
Il y a beau temps que les ésotéristes savent que l’homme n’est pas fabriqué d’un corps comparable à un grand sac empli de chair avec, quelque part, à la base de la colonne vertébrale ou sous le front, un plus petit sac empli de quelque chose que l’on appelle pensée ou âme.
Non, un homme, c’est une somme, une totalité. L’âme et la chair sont liées et les mécanismes de l’esprit déclenchent automatiquement les mécanismes du corps.
Il y a là quelque chose qui est à la fois organique et fonctionnel.
Georges Saint‑Bonnet
extrait du cours Méthode Unitiste série 1956 chapitre 23
Thème : Lucidité