— Chemins d'Éveil Chemins de Joie

Textes spirituels, repères unitistes et pratiques de conscience pour cheminer vers l’Éveil et la Joie


Lettres de Jacques Lusseyran sur la joie

Un témoignage vivant sur la joie plus forte que la tristesse

Jacques lusseyran

Extrait d’une lettre de Jacques Lusseyran (alors titulaire d’une chaire au Hollins College, Université de Virginie) à Georges Saint‑Bonnet. [Série Réalisme Mystique n° 1]

“…Ici, dans mon exil doré, j’apprends plus que jamais qu’il n’y a qu’une seule chose qui compte :
C’est celle qui donne force et mouvement à toutes les autres.
Cela veut dire qu’elle est contenue dans tous les moments de la journée, exactement tous, et à égalité.
Cela veut dire qu’elle est contenue dans tous les points de l’espace.
Cela veut dire qu’elle est aussi abondante et généreuse et inépuisable lorsque notre « cœur » est comblé et lorsqu’il ne l’est pas.

Il y a une seule chose qui compte : c’est la joie.

Il fait bon la voir jaillir tout d’un coup d’un trou où l’on était tombé par mégarde. Par mégarde : cela, désormais, tous au groupe nous pouvons le dire.
Si nous ne sommes pas joyeux, c’est vraiment que nous sommes distraits. C’est que nous avons fait tout le nécessaire pour ne pas l’être.
L’enseignement m’a donné un « bien » que j’ai emmené avec moi en Amérique et que je pourrais, je pense, emporter n’importe où quand je serai moins impatient et moins avide que je ne le suis.
Et maintenant, qu’il pleuve ou qu’il fasse beau, que les gens autour de moi soient bêtes ou spirituels, que la télévision américaine ait, si elle ne peut autrement, les programmes les plus « cons » de la planète, cela m’est égal : j’ai mon bien.

Il dépend de moi d’en être juste mouillé ou inondé.

La joie existe.
En ce moment vous êtes ensemble devant Georges. Et nous, nous sommes dans notre atelier‑studio je ne sais quoi encore.
Il n’y a aucune différence.
Nous mangeons en ce moment la même nourriture. Alors rappelons‑nous la grande règle mécanique :

« Les hommes sont exactement ce qu’ils mangent ».
Mangeons de la joie.

Nous embrassons tout le monde.
Jacques Lusseyran

Extrait d’une autre lettre de Jacques Lusseyran à Georges Saint‑Bonnet. [Série Réalisme Mystique n° 2]

“… J'ai été triste pendant plusieurs jours : j’avais des soucis, des blessures d’amour‑propre, des scrupules. Bref, j’étais triste.
Mais pas seulement.
J’étais joyeux aussi. Je mijotais dans mes chagrins, mais quelques mètres plus bas, je voyais, j’entendais, je sentais couler le courant de joie.

Quelques mètres plus bas c’est une image.
Je pourrais dire aussi bien : au centre, il y avait la joie. À la périphérie, il y avait la tristesse. Jusqu’à ce matin, j’étais le derrière entre deux chaises, une chaise étant la joie, l’autre la tristesse. Je me sentais divisé, quelque peu incohérent.

Et puis soudain j’ai vu.
J’ai vu que la tristesse était un « phénomène », rien de plus. Un phénomène comme la colère, le désir etc.
Une vague ;
Une façon dont notre petite âme fait des plis.
J’ai vu que la tristesse n’avait rien à voir avec « l’étoffe » qui, elle, demeurait propre, droite, immobile.

J’ai alors compris que nous avions le droit de témoigner de la « joie » même dans nos moments de tristesse, de chagrin et de mélancolie.
J’ai appris que je faisais souvent cette chose absurde d’avoir honte de ma joie. Comme s’il était permis et surtout possible d’avoir honte d’une chose que l’on n’a pas faite, mais qui nous est donnée.

Si vous ou moi avons la joie en nous, nous avons le devoir d’en témoigner, et cela par tous les temps, qu’il fasse clair ou sombre dans les couches superficielles de l’atmosphère, dans les raisons de la « psychologie ».
L’effet de cette attitude est miraculeux : car si nous disons « Je suis joyeux » et, d’autre part « je suis triste », la tristesse disparaît.
Elle ne peut faire que cela…

C’est la plus forte sensation du monde que de sentir la joie couler en soi. La plus forte sensation, même si le courant est tout étroit, tout modeste.
Si forte qu’il suffit, par instants, de regarder le petit courant, le filet de joie, pour être guéri de tout le reste. Ce que j’appelle « être guéri du reste », c’est simplement « n’en avoir plus le goût ».
Préférer la joie et ne pas avoir honte de le dire, ni surtout de se le dire à soi‑même…

Jacques Lusseyran.

Georges Saint‑Bonnet commente

“… Si nous vivons c’est qu’il y a quelque chose à quoi nous nous « accrochons », quelque chose que nous « absorbons » et dont se nourrit notre désir de vivre. Supprimez ce désir et c’est la chute à pic au fond du gouffre. Or de quoi, se nourrit-il ce désir ? […]
Que l’on y réfléchisse :
Pourrait‑il se nourrir de la douleur, de l’ennui, de la certitude de mort matérielle à laquelle nous sommes tous promis ? Voilà qui n’est pas concevable.

La vérité – l’évidence – est bien qu’il se nourrit même lorsque le climat, l’atmosphère ou l’ambiance sont apparemment de douleur ou d’ennui, et uniquement de cela, de la présence de cette manne inconsciemment absorbée qu’est « l’élément joie »
C’est exactement comme dans le métro aux heures d’affluence. L’air est pollué, corrompu. On ne perçoit que puanteur. Et l’on vit cependant parce que l’oxygène est là tout de même, présent et actif…

Ce que l’on ne voit pas très clairement, d’une façon générale, c’est qu’aucune créature ne vit, ni ne peut vivre passé le moment où elle est « débranchée » de la joie.

Si l’on préfère :
Passé le moment où elle se trouve éjectée du circuit amour et harmonie. […]

Tout cela est bien obscur, je le sais, pour ceux du moins qui n’ont pas encore perçu cette fameuse coexistence « joie‑douleur » aussi nettement que la coexistence « oxygène‑puanteur ».
Il faut donc qu’on le sache bien et qu’on ne l’oublie jamais.

La Joie est un élément
Un élément « immanent »
Toujours présent en l’espace comme l’oxygène dans l’air
Un élément auquel il n’appartient qu’à nous de nous sensibiliser
De nous ouvrir
De nous abandonner.

Thème : Joie

Croix de Lumière